François-Xavier Verschave ou la rage au coeur des ténèbres françaises
samedi 16 juillet 2005
A une époque où c'est l'imposteur qui récolte les lauriers de la gloire nationale et les honneurs de la mémoire républicaine et où l'imposture transforme le coquin en héros, il n'est pas étonnant que la mort de François-Xavier Verschave n'ait pas fait beaucoup de bruit dans le microcosme sordide de l'élite politique et médiatique française.
Vous n'avez peut-être jamais entendu parler de lui, et vous vous en fichez sans doute, mais pour des millions d'Africains, ce nom est l'un des rares noms français qui ne provoque pas en eux la colère et le dégoût.
Vous n'avez peut-être jamais entendu parler de lui, et vous vous en fichez sans doute, mais pour nombre d'hommes politiques aux mœurs africaines douteuses, nombre d'intellectuels aux compromissions lucratives, nombre d'hommes d'affaires aux affaires crapuleuses, ce nom évoque la peur d'être pris la main dans la tourbe africaine où forniquent tant de nos héros nationaux bouffis d'héroïsme sanglant.
Forgeur du concept de la « françafrique » il a su, en dépit des menaces des uns et des ricanements des autres, éveiller notre génération aux réalités de la politique française en Afrique et de ses déboires tragiques et sanglants. Il nous a apporté cette éducation qu'une République se réclamant des Hussards Noirs n'a pas su nous transmettre. Il nous a transmis ses saintes haines et sa rage salutaire. Il a éveillé en nous cette conscience de l'autre qui est la meilleure part de nous-même.
Le premier, il s'est élevé contre le mur du silence pour dénoncer la complicité militaire, diplomatique et financière de la Cinquième République dans le génocide rwandais. Ne serait-ce que pour cela, on pourrait vider le Panthéon et lui faire place. Car il en fallait du courage pour affronter presque seul une machine politique au service d'intérêts privés et un clan médiatique dominé par des vendeurs d'armes.
Pour François-Xavier Verschave l'Afrique ne pouvait plus être un terrain d'expérimentation pour des militaires en mal d'aventures guerrières à moindre risque.
Il ne voulait pas croire que l'Afrique soit le terrain de jeu de nos enfants-politiques qui exercent à souhait, et comme par goût de la vengeance, les mauvais instincts de leur capitalisme sauvage et toute leur haine de l'humanité contre une population qui, il y a quarante ans, a su conquérir son indépendance contre une puissance qui se croyait un empire.
L'humanité a perdu une voix indispensable contre l'impensable. L'Afrique, un défenseur acharné, rigoureux et passionné. La France, un citoyen qui honorait avec panache la devise de sa République.
L'espoir demeure en nous que sa rage retentisse encore longtemps dans les ténèbres françaises, pour que les damnés de la France puissent, un jour, pardonner à leurs bourreaux et à ceux qui les ont condamnés.
Guillaume de Rouville